Le théâtre est affaire de feu
Le roman « Dune » de Frank Herbert s'ouvre sur ces mots qui m'accompagnent depuis que je suis adolescent : « C'est à l'heure du commencement qu'il faut tout particulièrement veiller à ce que les équilibres soient précis. »
Je ne me souviens plus exactement quand cela a commencé : le théâtre. Peut-être à 12 ou 13 ans. Peu importe. C'était il y a longtemps… C'était l'époque des Guignols et d'Élie Kakou. Ce fut une révélation. Je faisais des voix, beaucoup d'imitations. En l'espace de quelques mois, je passai de deux à six heures de théâtre hebdomadaires. C'était décidé, acté : je serai professeur de théâtre. Pas comédien, mais bien passeur de flambeau. Parce que le théâtre est une affaire de feu, de passion : le maître mot.
Depuis cette époque, je ne me suis jamais arrêté. J'écris des pièces depuis 2003. J'adapte des œuvres de la littérature classique et contemporaine en textes pour comédiennes et comédiens amateurs dont l'exigence n'a rien à envier à celle des pros. C'est mon credo. Quant à ma ligne de mire, mon objectif, c'est le plaisir. LE PLAISIR que l'on prend à jouer, à communier avec les spectateurs et avec la troupe qui nous entoure (et nous fait confiance). Parce que c'est de cela qu'il s'agit ! Avant tout : on joue. Faire du théâtre, c'est redevenir « môme »… et le rester. Et ce n'est pas si facile que ça au début, mais je suis là pour tendre la main et offrir un terrain de jeu à qui veut bien me suivre dans mes délires.
D'abord, il y eut La FicanaS, puis Triphase. Aujourd'hui, il y a L'Étr'Ange Cie, avec qui je crée au Bocal, sous l'œil bienveillant de Magali et Dany. J'habite les murs de ce théâtre du mieux que je peux : je le lui dois. Tout. Sans Magali et Dany, sans le Bocal : pas d'espace vide, pas de lieu où créer, pas d'univers pour exister ensemble, pour rêver toujours plus grand, plus loin.
Après avoir interprété Molière et quitté Triphase, je suis enfin moi-même : c'est déjà pas mal. L'Étr'Ange a interprété « 1984… et demi », revisité « Psychose », voyagé plus d'une fois en Amérique et détourné les codes de l'opéra. Nous avons réinventé les 1001 Nuits, joué un Pulitzer, raconté à notre manière l'histoire du clan Lehman ; et cette année, nous irons dans l'espace.
C'est là la force du théâtre : aucune contrainte. Aucune limite à l'exploration. À l'imagination.